C’est une tradition: je dois manger des boulettes IKEA quand
je suis ailleurs. On avait commencé ça, Stéphanie et moi, en Nislande. Tout est
tellement cher dans cette ile éloignée qu’on avait été vraiment surprises du
prix vraiment peu élevé des boulettes au IKEA de Reykjavik. Depuis ce premier
arrêt en 2016, on a fréquenté les boulettes de Bordeaux, Caen, Lille et les
ceuzes du musée IKEA en Suède. Oui, oui. Alors, il fallait absolument que je
revienne à Nantes pour aller manger mes traditionnelles boulettes.
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Avez-vous vu la trâlée de monde qui attend pour avoir ses boulettes? |
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| Ouan. 4,47 euros pour 12 boulettes et leur gréement. |
Rassurez-vous: c’est comme le McDo, ça goute la même affaire
partout. Sauf qu’à voir le ratatiné des pois décongelés, j’ai passé outre.
C’était quand ben même pas nécessaire de me mettre deux boules de pétates
pilées.
Deux petites courses plus tard, je redébarque à Nantes. J’ai
stationné ma tite Fiat 500 au hangar à bananes et j’ai pris le bus pour revenir
jusqu’à la gare. Stationnement stratégique. Et que vois-je? Une nouvelle loi? Depuis
le 1er juillet, il est désormais interdit de fumer en attendant l’autobus.
C’est écrit sur le panneau qui annonce l’horaire du bus. Eh ben. Ça serait une
mautadite bonne idée qu’ils interdisent aussi de fumer sur les terrasses des
restaurants.
Un peu de gare. Je trouve ça beau, une gare. Et il y a plein
d’histoires qui s’y écrivent sans le savoir. Qui est-il? Où va-t-elle? Qui
laissent-ils derrière, sur le quai (n’oubliez pas de prononcer QUÈ, on est en
France)? Vont-ils retrouver quelqu’un? Une personne va-t-elle les attendre sur
l’autre quai? Fascinant, je vous dis.
Un peu de miroir d’eau. Je vous rappelle que Bordeaux en a
un, et que Québec aussi, inspiré par çui de Bordeaux, rapport que les villes
sont jumelles. C’est juste qu’à Bordeaux, comme à Nantes, le miroir sert à
réfléchir de quoi de beau. À Québec, c’est sur la promenade Champlain, joliment
rénovée, mais y’a rien à refléter. Ici, c’est le château des ducs de Bretagne
qui se reflète dans le miroir. Et le tramway quand il passe (comme à Bordeaux!
Mais qu’est-ce qu’attend Québec?)
Je m’émeus des enfants en caleçon qui courent dans 5 cm
d’eau. Il ne fait pas particulièrement chaud, quelque chose comme 24, mais ces
centimètres sont tellement invitants! Je les envie un peu. Je suis restée
assise sur un banc à longuement les regarder.
Un peu de ville. J’ai marché un peu au hasard, revoyant des
rues déjà vues ou pas. Je trouve ça beau, tout ce monde et toute cette
architecture. C’est peut-être un peu gnaiseux, mais la rue Mont-Royal ou le
Vieux-Montréal, ça m’intéresse peu. Peut-être parce que c’est chez nous? La
France, c’est exotique…
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| L'ancienne usine des biscuits LU |
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| L'Erdre, qui passe un bout «sous» Nantes. |
J’allais prendre le tramway pour retourner à la gare quand
j’ai vu, au coin de la rue, ces deux drapeaux.
Hein? De quesse?
Ah ben bazwell. Le même resto que j’avais vu à Tours cet
hiver alors que je n’avais pas faim pantoute. Là, je me suis dit que ça
pourrait être un genre d’entrée. Il est 19h15, je commence à avoir faim et
comme je veux manger au hagard à bananes, ça va aller vers 20h30 au mieux.
Alors, j’ose.
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C'est à cause de la poutine «Carey Price» que j'ai fait le lien avec le resto de Tours. |
Bon. Comment dire? Si c’est avec ça qu’ils pensent attirer
le touriste dans la belle province, c’est un peu raté. Mais c’est quand même
meilleur que certaines poutines mangées au Québec. Les frites étaient bonnes,
la sauce pas assez salée et le fromage ne faisait plus skwik skwik parce que c’était
clair qu’il avait été congelé pour traverser l’Atlantique. Mais à l’origine, c’était
du vrai. Alors, dieu merci, il n’était pas fondu dans la poutine. Alors, oui,
bel essai pour les Français qui ont osé. Mais la meilleure, on dira ce qu’on
voudra, c’est chez nous. Je pourrai vous donner des adresses si vous en avez
besoin.
Je reprends le bus 5, direction le Hangar à Bananes. Je
souris chaque fois que la voix, dans le bus, dit: «vous êtes dans le bus numéro
5, en direction du hangar à bananes», avec l’accent chic français et les pauses
dans le débit. Je trouve que ça jure! Ça s'appelle comme ça parce qu'au début du 20e siècle, une série d'entrepôts ont été construits pour faire murir les bananes importées de Guadeloupe, de Guinée et de Côte d'Ivoire. Dans les années 70, ça s'est arrêté. Mais avant de tout démolir, la ville a compris le potentiel de la place. Aujourd'hui, c'est rempli de restos, de salles d'expositions, il y a une jolie promenade au bord de la Loire qui longe la patente... et ça se construit autour, c'est épeurant.
Me revoici donc au bout de l’ile de Nantes, au dit hangar à
bananes. Sylvie et moi, on était venues en plein jour… nais c’est définitivement
le soir qu’il faut venir. C’est ça que je voulais venir voir, d’où mon stationnement
stratégique ce midi. Pis en plus, le parking est gratisse à cause d’immenses
travaux dans le coin. Il y a des restos dans chaque partie du long hangar et
les ronds qu’on avait trouvé étranges s’allument, la noirceur venue. C’est
aussi ça que je voulais voir.
Faque j’ai vu ce que je voulais voir, j’ai mangé ce que je
voulais manger. Et je suis revenue dans mon Pornic à la noireté. C’est à peine
45 minutes de Nantes.