Ouan. Un nesti de fêlé.
Né Julien Viaud. Mort Pierre Loti. Tout un personnage.
En mai 2024, quand j’étais venue à Rochefort pour y donner une formation, on m’avait parlé de l’enfant chéri de la ville, mais sa maison était en refurbichement depuis 12 ans. Ce n’est qu’en juin 2025 que la Maison Pierre-Loti a rouvert ses portes, après 13 ans de travaux, d’abord pour solidifier les fondations, puis pour travailler à remettre la maison en l’état de 1923, la dernière «connue» de Pierre Loti, mort cette année-là. Si la ville a acheté la maison en 1969 de Samuel Viaud (le fils de Julien Viaud – Pierre Loti). Quand la ville comprend, en 2012, que la maison va s’effondrer, on doit solidifier… mais la ville n’a pas d’argent pour rénover le «musée». C’est en mettant l’argent de la ville, du département de la Charente-Maritime, de la région de Nouvelle-Aquitaine, de la France. Et par l’appui de la Mission Bern, du nom de l’animateur Stéphane Bern (que vous avez peut-être vu à la tivi, sur TV5), ladite mission subventionnant des projets de restauration d’édifices patrimoniaux, notamment grâce à des dons du public. Au total, c’est 13 millions d’euros qu’ont couté les rénovations! On peut prendre des photos pendant la visite, mais comme c'est une «petite» maison, on n'a pas le recul nécessaire pour que ça soit beau. Faque contentez-vous de ce que je vous montre... ou allez voir le site de la Maison Pierre-Loti!
Bon. Maintenant qu’on sait que ça été rénové… par où commencer pour parler du fêlé?
Pierre Loti, le voyageur. Julien Viaud est né à Rochefort en 1850. Issu de la classe moyenne, il va habiter la maison qu’on visite aujourd’hui avec ses parents, ses grands-mères, des tantes, sa sœur et son frère qui sont beaucoup plus âgés que lui, dans une maison bien «ordinaire».
Quand son frère décède en mer, le Julien (qui a 15 ans) décide de s’engager aussi dans la marine pour sillonner le monde.
Pendant qu’il fait ses voyages professionnels, il se passionne pour l’écriture; pour lui qui ne lit jamais, c’est quand même étrange. Il publie ses romans sous le pseudonyme de Pierre Loti parce qu’un officier de la marine a un droit de réserve qui l’oblige à n’être «que» officier de la marine. Il publie donc des «cycles» de romans bretons, basques, japonais ou turcs, au gré de ses voyages et il se sert de sa maison de Rochefort pour faire des pièces dédiées à ces voyages. Ça a l’air d’une patente tellement disparate. Qu’est-ce que je dis, déjà? Ah oui: c’est pas parce que t’as de l’argent que t’as du gout. Parce qu’il en avait de l’argent. En fait, la famille a déjà fait faillite, ce qui avait marqué le petit Julien. Même si l’officier de marine n’a pas beaucoup d’argent (il est payé par le gouvernement!), il est rapidement responsable de sa famille, au décès de son père. Mais l’écrivain fait une fortune avec ses romans et réinvestit cet argent dans la maison.
Comme il ne veut pas modifier la maison familiale (il est attaché aux vieilles cochonneries de famille et aime collectionner le vieux stock), il achète la maison d’à côté pour la jumeler. C’est dans cette maison qu’il va créer des chambres thématiques: la chambre turque, la mosquée, la chambre japonaise… (qu'on n'arrive pas à prendre en photos, soit parce que c'est trop sombre, soit parce que c'est trop tassé!)
Comme il tripe sur les thématiques, non seulement il aménage des pièces, mais en plus, il organise des fêtes costumées. L’histoire de la fête de Chine est mémorable: tout le gratin rochefortais (et bien au-delà: il était de bon ton de se faire voir chez Loti) s’était déguisé en Chinois. Le fils d’une amie (un petit Vietnamien!) est officiellement déguisé en impératrice de Chine et sera présenté à toute la galerie avec ses porteurs, et tous les invités devront aller se prosterner devant «elle», assise dans son trône, dans la salle chinoise. Complètement fêlé. Parce que tout le monde embarque.
| La chambre chinoise, toute rouge |
Comme la maison est un musée, il faut faire attention où on met les pieds et les mains parce qu’il ne faut vraiment rien toucher.
Pierre Loti, l’écrivain. Ben, je suis désolée, mais je n’en avais jamais entendu parler avant mon petit séjour à Rochefort l’année passée. Pis en plus, mon AirBnb était sur la rue Pierre-Loti, la rue importante du centre-ville. C’est dire la place qu’il occupe en ville. L’écrivain était vraiment important pour l’époque puisqu’il a été élu à l’Académie française (bon, pour ce que ça vaut…) en 1891, à 41 ans, ce qui est très jeune. Pis pensez-y un tipeu: il a été élu «contre» Émile Zola! Je ne connaissais aucun titre de Loti (j’en connais un tas de Zola – et je les ai lu!), alors j’en ai acheté un: Pêcheur d’Islande. Voici ce que dit la 4e de couverture: « Traduit en des dizaines de langues, paru en 1886 et accueilli avec ferveur, Pêcheur d’Islande est le plus célèbre des livres de Pierre Loti. » Eh ben bazwell. Je vous en reparlerai.
Un fêlé, je vous dis. La visite guidée (obligatoire) est vraiment nécessaire pour comprendre la vie de Julien Viaud et de Pierre Loti. La maison est aujourd’hui monument historique de France.
Incroyable! Il a été élu contre Emile Zola. Je me demande quels idiots étaient sur le comité. J'ai hâte de lire ton évaluation de Pêcheur d'Islande. Peut-être que je vais changer d'idée.
RépondreSupprimerAh! Chère Julie! Contente de savoir que tu es allée voir la Maison de Pierre Loti. Quand je suis allée en Turquie, Jean-Yves m’avait proposé de lire Aziyadé qui se passe dans ce magnifique pays. C’est ben pour dire, j’aurais jamais pensé connaître un auteur que tu ne connais pas. M’as m’pincer. Allez, gros câlin!
RépondreSupprimerL’anonyme, c’est moi Mam Rousseau! 😉
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